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The Kiss of Life

Quand une photographie devient une leçon de prévention
12 mars 2026 par
PEPCI Formation, Jeremy

Jacksonville (Floride), 17 juillet 1967


Le 17 juillet 1967, à Jacksonville en Floride, une intervention sur un réseau électrique va donner naissance à l’une des photographies les plus célèbres de l’histoire de la sécurité au travail.

Ce jour-là, le photographe Rocco MORABITO, reporter pour le Jacksonville Journal, circule dans les rues de la ville pour couvrir un reportage.

En passant près d’une zone où des électriciens interviennent sur une ligne électrique, il remarque un technicien perché en haut d’un poteau. Suspendu à son équipement de sécurité, il travaille sur le réseau.

La scène attire son attention. Ce type d’intervention, spectaculaire et rarement observé par le grand public, pourrait faire une photographie illustrant le travail des électriciens.

Mais en quelques secondes, la situation bascule.

L’accident

L’un des techniciens, Randall G. Champion, entre accidentellement en contact avec une ligne sous tension d’environ 4 000 volts.

La décharge est immédiate. Champion perd connaissance.

Heureusement, il porte un dispositif antichute, qui l’empêche de tomber. Son corps reste suspendu contre le poteau.

Au sol, son collègue J.D. Thompson comprend immédiatement la gravité de la situation.

Sans hésiter, il grimpe rapidement au poteau pour rejoindre son collègue et tente immédiatement une respiration bouche-à-bouche, directement en hauteur.

Pendant ce temps, D.J. Crooks, troisième membre de l’équipe resté au sol, surveille la situation, prépare la descente de la victime et participe à l’alerte des secours.

Nous sommes en 1967, bien avant l’ère des téléphones portables et des systèmes d’alerte instantanés. L’organisation des secours repose entièrement sur les personnes présentes.

Pendant que Thompson tente de maintenir son collègue en vie, Rocco MORABITO déclenche son appareil photo.

The Kiss for life

Cette image deviendra célèbre dans le monde entier sous le nom de The Kiss of Life, souvent traduite en français par « Le baiser de la vie ».

La photographie recevra l’année suivante le prix Pulitzer de photographie.

Une vie sauvée

L’histoire ne s’arrête pas à cette photographie.

Randall Champion survivra à cet accident.

Grâce à l’intervention rapide de ses collègues et aux gestes de secours pratiqués immédiatement, il pourra reprendre sa vie et vivra encore plus de trente-cinq ans après cet événement, jusqu’à son décès en 2002.

Ce détail rappelle que derrière cette image célèbre se trouve une vie réellement sauvée.

Une situation où plusieurs risques étaient présents

Cette intervention exposait les travailleurs à plusieurs dangers et notamment :

  • ligne sous tension

  • risque de chute de hauteur

Comme souvent dans les accidents du travail, plusieurs risques étaient présents simultanément.

Sans le dispositif antichute porté par Randall Champion, l’électrisation aurait très probablement été suivie d’une chute mortelle.

Les gestes qui sauvent

Le « Baiser de la vie » rappelle une réalité essentielle.

Dans un accident grave, les premières minutes sont souvent décisives.

Avant même l’arrivée des secours, ce sont très souvent les collègues présents sur le terrain qui font la différence.

Dans cette situation :

  • J.D. Thompson intervient immédiatement et pratique une respiration bouche-à-bouche en hauteur pour tenter de relancer la respiration de son collègue.

  • Une fois la victime redescendue au sol, les gestes de réanimation sont poursuivis, incluant la ventilation et les manœuvres de secours, jusqu’à l’arrivée des secours.

Cette chaîne d’actions permet de maintenir la victime en vie pendant les premières minutes critiques.

Cette scène illustre concrètement ce que l’on enseigne aujourd’hui dans les formations Sauveteur Secouriste du Travail (SST) : face à une situation d’urgence, la capacité des travailleurs à reconnaître un danger, à alerter et à pratiquer les gestes de premiers secours peut faire la différence entre la vie et la mort.

Dans de nombreuses situations professionnelles, les premiers intervenants ne sont pas les secours, mais les collègues présents sur le lieu de travail.

Une photographie qui peut servir de cas d’école

Cette image peut aujourd’hui être utilisée comme support pédagogique en prévention.

Elle permet d’observer :

  • le risque électrique

  • le risque de chute de hauteur

  • l’importance des dispositifs de protection

  • la nécessité de ne pas travailler seul

  • la réaction face à une situation imprévue

  • la coordination entre collègues

  • la maîtrise des gestes de premiers secours

  • l’organisation des secours

Autrement dit, cette photographie permet presque de reconstituer une analyse de situation de travail réelle.

Le regard de la prévention moderne

Avec le regard de la prévention moderne, cette situation permet d’illustrer plusieurs des principes généraux de prévention inscrits dans le Code du travail.

Éviter les risques lorsque cela est possible, organiser le travail en sécurité, former les travailleurs, utiliser les protections adaptées et préparer la gestion des situations d’urgence : autant d’éléments que l’on retrouve, de manière presque saisissante, dans cette photographie.

Ces principes reposent notamment sur l’idée fondamentale de supprimer les risques à la source lorsque cela est possible.

Dans le domaine électrique, cela se traduit aujourd’hui, lorsque cela est possible, par des pratiques telles que :

  • la mise hors tension de l’installation

  • la consignation électrique

  • la vérification d’absence de tension

avant toute intervention.

Comprendre pour mieux prévenir

Les démarches modernes de prévention encouragent aujourd’hui l’analyse des situations de travail réelles.

Aujourd’hui, la prévention ne se limite plus à identifier les dangers.

Elle consiste aussi à analyser les situations réelles de travail pour comprendre comment surviennent les accidents.

Dans les entreprises, des approches comme l’EvRP-AAT (Évaluation des Risques Professionnels et Analyse des Accidents du Travail) invitent à aller au-delà de la simple identification des dangers.

L’objectif est de :

  • observer les situations de travail réelles

  • analyser les enchaînements d’événements qui conduisent à un accident

  • identifier les facteurs techniques, humains et organisationnels

  • mettre en place des actions correctives pour éviter qu’un accident ne se reproduise

Dans le même esprit, les pouvoirs publics ont créé en 2023 l’EAAT – Équipe d’analyse des accidents du travail, rattachée à la Direction générale du travail (DGT).

Cette équipe a pour mission d’analyser certains accidents graves ou mortels afin d’en tirer des enseignements utiles pour l’ensemble des acteurs de la prévention.

Ces démarches reposent finalement sur une idée simple : transformer les accidents en source d’apprentissage pour améliorer la sécurité au travail.

La photographie du « Baiser de la vie » illustre déjà cette logique : observer une situation réelle, comprendre ce qui s’est passé et identifier les éléments qui ont permis d’éviter une issue plus dramatique.

Une chaîne de prévention et de secours

Si cette histoire est devenue célèbre, ce n’est pas seulement à cause de la photographie.

C’est aussi parce qu’elle montre une réalité simple :

la prévention fonctionne comme une chaîne.

Dans cette situation, plusieurs éléments ont joué un rôle déterminant :

  • dispositif antichute (prévention)

  • collègues présents et formés

  • gestes de premiers secours

  • alerte et organisation des secours

  • coordination de l’équipe

  • réaction rapide face à l’imprévu

Une image qui traverse le temps

Trois travailleurs.

Une situation critique.

Une réaction immédiate.

Le 17 juillet 1967, un collègue a sauvé la vie d’un autre.

Près de soixante ans plus tard, cette photographie rappelle une évidence :

la prévention  n'est pas seulement une histoire de statistiques, elle sauve des vies.

Elle repose avant tout sur des femmes et des hommes formés, attentifs et solidaires.

Et parfois, une image suffit à nous rappeler pourquoi la prévention existe.

PEPCI Formation, Jeremy 12 mars 2026
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