L'absentéisme en entreprise est devenu la bête noire des directions des ressources humaines. Réunis le 3 décembre 2025 à l'occasion d'une table ronde organisée par l'Union des industries et métiers de la métallurgie (UIMM), des professionnels RH ont exposé leurs stratégies pour faire face à ce défi croissant, dans un contexte économique et social marqué par l'incertitude.
« 2025 est une année compliquée, en raison de la morosité, de l'angoisse face à l'avenir, de beaucoup d'anxiété », constate Ludivine Broutin, responsable des ressources humaines chez Dimeco, un fabricant de machines-outils. Face à cette montée des risques psychosociaux, l'entreprise a mis en place des formations destinées aux managers pour les sensibiliser à ces enjeux.
La santé mentale des collaborateurs, en particulier des plus jeunes, est désormais considérée comme « un vrai sujet de préoccupation ».
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Orano, groupe du secteur nucléaire employant 15 000 salariés, a conclu le 14 octobre un accord sur la qualité de vie et les conditions de travail (QVCT) pour la période 2025-2029 (en pièce jointe), signé avec l'ensemble des syndicats représentatifs (CFDT, CFE-CGC, CGT et FO). Cet accord place la prévention au centre de la stratégie de l'entreprise.
Le groupe organise ainsi des campagnes de dépistage directement sur ses sites – cancer du sein, cancers masculins, examens dermatologiques – permettant aux salariés d'accéder à des soins parfois indisponibles à proximité de leur domicile. Ces opérations ont permis de détecter une vingtaine de cas potentiels de maladies graves, évitant ainsi des drames humains et d'importants coûts de prévoyance.
« C'est un cercle vertueux, explique Jacques Ziouziou, directeur des affaires sociales et DRH corporate d'Orano. La prévention permet de dégager des gains dans le régime de prévoyance que l'on peut réutiliser dans la prévention. » Cette approche fait néanmoins l'objet de débats avec les partenaires sociaux, certains syndicats souhaitant que les économies réalisées se répercutent directement sur les cotisations plutôt que d'être réinvesties.
Chez Dimeco, où les savoir-faire techniques sont difficilement remplaçables, le maintien du contact avec les salariés en arrêt constitue une priorité. « Dès qu'un collaborateur nous annonce qu'il est en arrêt, ou même avant si on ne le voit pas aller bien, on va intervenir », détaille Ludivine Broutin. L'entreprise peut proposer du télétravail en cas de difficultés pour les postes éligibles ou anticiper les problèmes.
Pour les arrêts prolongés, Dimeco utilise le dispositif du « rendez-vous de liaison », qui permet de maintenir le lien entre l'employeur et le salarié en arrêt de travail de plus de 30 jours. L'objectif est d'étudier avec lui, en lien avec le médecin du travail, les possibilités de reprise adaptée. Les managers sont encouragés à envoyer un message pour prendre des nouvelles, sans exercer de pression sur le retour. « Dans les arrêts longs, il y a des salariés qui se déconnectent de l'entreprise », souligne la responsable RH.
Orano a également inscrit dans son accord QVCT une proposition systématique de rendez-vous de liaison par le service RH à partir de 45 jours d'absence.
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Dimeco a instauré des horaires variables suffisamment souples pour permettre aux salariés de mieux concilier vie professionnelle et personnelle. Les collaborateurs peuvent s'absenter jusqu'à une journée par mois, qu'ils récupèrent ensuite, sans avoir à se justifier. « L'impact sur la production est gérable. On préfère ça à l'arrêt de travail », résume Ludivine Broutin.
De son côté, Orano a introduit dans son accord un volet spécifique sur l'accompagnement des salariés durant une maladie grave, comportant des mesures visant à « permettre des conditions de travail compatibles avec leur état de santé ». Afin de limiter les conséquences du passage à temps partiel pouvant résulter d'une invalidité sur la retraite, l'accord prévoit une option de surcotisation optionnelle aux systèmes de retraite. Le salarié prend à sa charge la part salariale des cotisations, l’employeur continue d’assumer la part patronale.
À compter de janvier 2026, trois jours d'autorisation d'absence rémunérés par an seront accordés aux salariés reconnus en affection de longue durée (ALD) pour la réalisation de soins ou de rendez-vous médicaux.
Antoine-Mathieu Nicoli, directeur de la gestion du risque de l'Assurance maladie, a révélé les défaillances du système actuel. Un médecin qui accompagne un patient n'a pas accès à l'historique de ses arrêts maladie. « Ça paraît fou au 21e siècle », reconnaît-il. L'organisme travaille à restituer aux praticiens les données de prescription de ses confrères.
L'Assurance maladie cible également les filières de fraude, avec des kits vendus en ligne permettant d'obtenir de faux arrêts de travail. Des actions ont été mises en place avec la gendarmerie nationale pour démanteler ces réseaux.
Entre 1 000 et 1 200 entreprises dites « atypiques », présentant un nombre anormalement élevé d'arrêts de travail, ont été accompagnées l'an dernier. Les résultats sont probants, avec une « diminution du nombre d'arrêts », selon Antoine-Mathieu Nicoli.
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